"Un Trump, oui, mais de gauche !"

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« Comme tu es bien habillé, Cacahuète ! Qu’est-ce qui t’a pris ?

- Eh bien aujourd’hui, on m’a dit ‘tu fais le service’, alors voilà. »

A voir sa tenue, en effet, à « Cacahuète », ce jeune homme, on se croirait en lycée hôtelier. On est à Flixecourt, plutôt, chez la maman de Lynda (qui dirige, elle, le centre de mes enfants). Et sa maman a elle aussi apprêté son intérieur, disposé les chaises, les tables, les tasses, le sucrier sur les nappes décorées.

Y a les sœurs et beaux-frères, et toute la rue Saint-Pierre, dans la salle à manger :

Pascal, qui fait la mise en rayon à Carrefour ;

Mikaella, assistante maternelle ;

Georges, retraité après 42 ans de bâtiment ;

sa femme Jeanine qui a travaillé chez Saint Frères ;

Isabelle qui (de mémoire) enchaîne les contrats précaires ;

Laurent, pâtissier, son CDD chez Auchan vient de se terminer, qui en avait marre, dans le commerce, de bosser 325 h par mois ;

Denis, ouvrier chez Whirlpool depuis 1992 (jusque cette année, donc, puisque ça ferme) ;

Catherine, surnommée « Mélenchon », qui tient un Simply ;

Sandra, qui s’occupe des enfants, le midi, à l’école ;

plus, donc, la maman de Lynda, l’air triste, la photo de son mari rieur posée sur un meuble en bois, et heureuse en même temps un peu d’accueillir tout ce monde, elle qui a tenu un bistro durant des décennies.

Et moi au milieu.

Et dire que je me sens bien, à ma place, là que je dois être, au milieu de ces gens.

 

Ca part, la conversation :

  • sur les routiers à 500 € des pays de l’est
  • sur les retraites « bloquées pour la quatrième année, 1350 € pour deux, alors qu’on paie 238 € de mutuelle »
  •  sur la prime de François (pas moi, un autre, absent) : 500 € normalement, qui tombe à 100 € pour une journée d’absence ;
  • chez Whirlpool pareil : « c’est 120 € à l’année, mais comme j’ai accompagné ma fille pendant cinquante minutes chez le dentiste, je ne l’ai pas touchée » ;
  • et Whirlpool bien sûr au cœur des discussions.

Et la conclusion qui revient à tout propos : « Va chercher un élu qui va faire un truc comme Trump ! »

 

Et moi avec mes tableaux, qui reprend sur les dividendes des actionnaires, la libre circulation des marchandises, la baisse de l’impôt sur les sociétés, et qui répète : « Un Trump, oui, mais de gauche ! »

Il faut affronter, en face, cette masse de résignation.

Tenter de la secouer.

Toutes ces déceptions, politiques, accumulées.

Toute cette maltraitance sociale, usines qui ferment en série.

J’essaie.

Je m’efforce.

Ranimer.

On est habité, chacun, par des fantasmes sociaux. Voilà le mien sans doute : retourner au peuple. En être, à son contact. Et lui apporter l’étincelle.

 

(Lynda m’a envoyé un SMS : « Bravo tu viens de récupérer 10 votes sur Flixecourt. Félicitations surtout piquer des votes au FN. » C’est moléculaire, c’est à la petite cuillère, mais il faut le faire.)