Petits patrons

Candidat aux élections législatives de juin, si je suis élu, qu’est-ce que je ferais pour vous, artisans, commerçants, petits patrons ? La célèbre marionnette picarde Lafleur est venue m’interroger là-dessus.

Lafleur : T’es de gôche, ti, alors comme tous chés gins de gôche, tu t’in fous des petits patrons ?

François Ruffin : Pas du tout ! D’abord parce que moi-même, en un sens, j’en suis un, de petit patron. J’ai fondé mon propre journal, à Amiens, il y a dix-huit ans, et depuis on a embauché six salariés. C’est une association, mais, en effet, je sais très bien ce que signifie « équilibrer un budget », « payer des cotisations sociales », « faire le tour des administrations ».

Surtout, je comprends le désir que peuvent des jeunes, ou des gens, de se mettre à leur propre compte, de lancer leur entreprise, de tenter cette aventure, de la vivre avec passion. 

Lafleur : Et quo que ch’est-y que t’in retiens, de c’t’expérience ? 

François Ruffin : Mon souci, pour moi, durant des années, c’était d’avoir un filet de sécurité : qu’est-ce que je deviens si ça tourne mal ? Il faudrait créer un fonds, je crois, pour les auto-entrepreneurs, les artisans, les commerçants, qui n’ont aujourd’hui droit à presque rien en cas de pépin. Comme reporter, j’en ai rencontré pas mal qui se retrouvaient dans la galère.


Ce document fait suite à deux réunions « laboratoires », l’une avec des artisans, l’autre avec des commerçants. Nous nous appuyons sur leurs expériences, sur leurs témoignages, mais les mesures proposées nous sont propres.

 

L’injustice fiscale

« Quand ils sont passés de la taxe professionnelle à la CFE, la Contribution foncière des entreprises, pour moi, ça a bondi 480 à 1850 € ! J’avais calculé, je crois : plus 350 % ! Déjà que, dans mon bistro, je peinais à me payer, à régler le RSI, mais là ils me supprimaient un mois de salaire… » 

Les TPE-PME subissent une injustice fiscale : « La France affiche un impôt sur les sociétés de 33%, bientôt 28 %, explique un inspecteur du fisc. Mais en réalité, les TPE-PME paient deux à trois fois plus que les multinationales, qui mettent en œuvre des mécanismes d’ ‘optimisation’. Un cafetier, un boulanger s’offre rarement les services d’un avocat d’affaires… »

Qu’on théorise un peu : depuis trente ans, s’est instaurée « la libre circulation des capitaux » en Europe, et dans le monde. Qui a engendré une prime à la mobilité :

Qu’est-ce qui est le plus mobile ? Les capitaux, le siège des firmes, les usines même. Eux peuvent exercer un chantage permanent à la fuite : « Si vous nous taxez, on part ! » D’où la chute de leur impôt sur les sociétés, de la taxe sur les dividendes, la disparition de la taxe professionnelle, etc.

En revanche, qui est le moins mobile ? Vous, moi. On ne risque pas de se délocaliser à Andorre, ou aux Bermudes, nous qui avons notre maison, notre famille, nos enfants ici. On peut donc nous taxer librement, via la TVA (toujours relevée), et les impôts locaux (CFE, taxe foncière, taxe d’habitation).

S’est ainsi installé un système injuste : les pauvres paient plus, en proportion de leurs revenus, que les riches ! Ce qui vaut également pour les entreprises.

  

Aides aux entreprises : « cibler »

« Vous avez demandé le CICE, le Crédit impôt compétitivité emploi ?

- Non, je ne sais pas, leurs dossiers... »

Alain et sa boîte de maçonnerie n’ont pas fait les démarches, pas plus que Fabrice pour son restau.

Whirlpool, en revanche, a perçu 40 millions d’€ de CICE.

Bigard, qui a fermé à Ailly-sur-Somme, 10 millions.

Sur les 22 milliards distribués, les grosses entreprises en ont raflé plus de la moitié. Avec en tête du palmarès, Auchan, Carrefour, Casino, qui croulent déjà sous les profits.

Au total, l’Etat distribue aujourd’hui plus de 110 milliards d’€, chaque année, en aides publiques, en allègements. Mais il le fait à l’aveugle. Il arrose au hasard.

Député, je lutterai pour une réduction de ce montant, et pour un ciblage :

1. sur les TPE-PME ;

2. sur les secteurs soumis à la concurrence internationale (la grande distribution, par exemple, ne l’est pas) ;

3. sur des projets (s’il faut développer la filière bois, énergie solaire, etc.).

4. Qu’on cesse d’arroser les multinationales à tout-va. Ca coûtera nettement moins cher aux contribuables.

 

Première cause de faillite ?

Connaissez-vous la première cause de faillite ? D’après le ministère de l’Economie, « 25 % sont dues aux retards de paiement. » Les gros groupes, notamment, mais également les collectivités, tardent à payer leurs fournisseurs, leurs sous-traitants. D’après un médiateur, « c’est 13 milliards d’euros qui manquent dans les caisses des PME » !

Dans le bâtiment, les majors (Bouygues, Vinci, etc.) ont rationnalisé ça : leurs sous-traitants sont poussés à la faillite, et ainsi la facture ne sera jamais réglée.

Des lois doivent sévèrement sanctionner ces pratiques.

Mais commençons par une mesure simple : par réintégrer le catastrophique RSI au sein du régime général. « Régime Simplifié des Indépendants », simplifié tu parles ! Combien de drames parce que les gens se font prélever des sommes astronomiques !

 

Un jury pour le RSI ! 

« Comment ils calculent ça ? C’est du n’importe quoi : j’ai vu mes charges passer du simple au triple, d’une année sur l’autre, alors que mon chiffre d’affaires n’avait pas bougé. On croirait qu’ils veulent te couler ! »
Les témoignages affluent, sur la médiocrité du RSI : « Et quand je suis tombé malade, ils ont chipoté, m’ont renvoyé des papiers, ça a trainé, tardé, ma famille touchait presque rien. Tu paies un max et ça ne couvre presque rien… »

Les employés du RSI eux-mêmes en sont malades : « On a presque honte d’avouer qu’on travaille là-dedans. Les assurés déboulent, avec des litiges flagrants, mais on ne peut pas les résoudre. On n’a plus la main sur leurs dossiers. Et dire que le ‘S’ de RSI, au départ, c’était pour ‘Simplifié’ ! Régime Simplifié des Indépendants… »

Des artisans-commerçants l’ont rebaptisé « Racket Social sans Interruption ».

 

C’est pas le tout de dénoncer, mais qu’est-ce qu’on fait ?

Une couverture contre les risques (santé, vieillesse, chômage) est nécessaire. Et personnellement, je serais plutôt favorable à une intégration dans le régime général  (c’était prévu à la Libération, mais artisans, commerçants, médecins, paysans s’y étaient opposés, préférant des régimes particuliers).

Maintenant, voici la démarche que je suggérerais :

Le tirage au sort d’un jury parmi les artisans-commerçants. Que la question soit débattue en présence des parlementaires.

Que ça se décide avec vous.


 Vous êtes d’accord ? Pas d’accord ?

On ne prétend pas avoir la science infuse, alors rencontrons-nous et discutons-en ! contact@picardiedebout.fr