Education & social : "le plus rentable des investissements"

L’éducation et le social sont regardés, et souvent dénoncés, comme des « coûts »… parfois par les ministres de tutelle eux-mêmes ! Or c’est tout l’inverse : l’éducation et le social sont des investissements. Et sans doute les plus rentables des investissements.

J’en veux pour preuve, parmi mille autres études, le Perry School Project : 

« Au milieu des années 1960, un échantillon d’environ 130 enfants entre 4 et 5 ans issus de familles pauvres noires américaines est divisé en deux groupes de tailles à peu près identiques, un groupe expérimental (qui bénéficiera du projet) et un groupe de contrôle (qui n’en bénéficiera pas). Le groupe expérimental se voit proposer pendant deux ans un programme d’éveil et de préparation assez intense, avec deux heures et demie de classe par jour (quatre maîtres pour des classes d’environ vingt élèves) ainsi qu’une visite hebdomadaire dans la famille pour informer et former les parents. Les comparaisons disponibles quant à leurs destins scolaire et social sont éloquentes. Devenus jeunes adultes dans les années 1990, très rares sont les enfants du groupe de contrôle à gagner plus de 2 000 dollars par mois alors que c’est le cas de la majorité des bénéficiaires du soutien préscolaire. L’expérience démontre ainsi un impact de long terme considérable. Les moyens mis en œuvre par enfant dans le cadre de ce projet sont très importants (à peu près 15 000 dollars par an et par enfant), mais les évaluations aujourd’hui disponibles révèlent que les bénéfices sociaux (ne serait-ce qu’en termes d’aides sociales économisées et d’incarcérations évitées) sont près de huit fois plus importantes. »

 

De l’argent, il y en a…

Mais où trouvera-t-on l’argent pour financer cet investissement ? Durant les cinq dernières années, l’Etat a trouvé des milliards en pagaille pour d’autres choix, d’autres priorités.

Le président Hollande et son ministre Emmanuel Macron ont ainsi mis en œuvre le Crédit impôt compétitivité emploi (CICE) : 22 milliards d’euros sont délivrés, chaque année, aux entreprises. Trois fois le budget de la Justice, trente fois celui de la Jeunesse et des Sports…

Et pour quels résultats ? D’après un rapport du Premier ministre, ce CICE aurait permis de « créer ou sauver 100 000 emplois ». Soit 200 000 € par an et par emploi, près de 20 000 € par mois ! La moitié de ces crédits sont partis, directement, dans les caisses des multinationales… C’est un immense gâchis mais que, dans un délire collectif, ni Macron ni Fillon ni Le Pen n’envisagent d’arrêter. (Hamon le conditionne, Mélenchon le supprime.)
A la place, si on confiait la même somme au public, c’est près de 600 000 postes (dans l’éducation, dans les hôpitaux, etc.) qu’on pourrait créer. Avec une plus grande utilité sociale. Avec plus d’efficacité contre le chômage, également.

Les travailleurs de l’éducation, du social, comme de Whirlpool et d’ailleurs, peuvent se poser cette question simple : au service de qui sont nos gouvernants ? Des gens, vraiment ? Ou des puissances de l’argent ?

Ce document fait suite à deux réunions « laboratoires », l’une avec du personnel périscolaire (animateurs, cantines, entretien). L’autre avec des enseignants (du primaire, du collège, du lycée). Nous nous appuyons sur leurs expériences, sur leurs témoignages, mais les mesures proposées nous sont propres.

  

Un plan contre la précarité

Les centres périscolaires, les cantines, le ménage, les ATSEM, les auxiliaires de vie scolaire, les pions, et maintenant les enseignants eux-mêmes : nos établissements tournent avec une masse d’emplois précaires.

C’est moralement inacceptable.
Et c’est un gâchis, également, de former des gens et de les jeter.

Ce serait donc mon combat constant : lutter pour que les Irène ne soient pas virées…

 

Témoignages :

Durant deux années, Irène a officié comme AVS – Auxiliaire de vie scolaire –, dans la maternelle de mes enfants. Elle écrivait les mots dans les cahiers de liaison, collait les « sortie à la bibliothèque »« spectacle au cirque »« visite du médecin », etc., aidait les maîtresses pendant les ateliers, soignait les petits bobos, enfilait les bonnets, surveillait la récréation : « J’aime beaucoup ce travail, m’occuper des petits : j’en ai quatre à la maison ! » Irène se levait à 5 h 30. Prenait le bus à 7 h 05. Arrivait dans le quartier vers 8 heures. Et tout ça pour un mi-temps, un demi-SMIC. 

Mais cette vie de Mère Courage lui plaisait plutôt.
Au bout de deux ans, c’est fini : son CAE, Contrat d’Accompagnement vers l’Emploi, ne sera pas renouvelé. « On a téléphoné au rectorat : pour me garder, il fallait que j’aie le baccalauréat. Alors que, depuis le début, pas une fois on ne m’a demandé mes diplômes ! »

Laura, elle, anime un centre périscolaire à Amiens :

« Je suis auxiliaire, ça veut dire que tous les deux ou trois mois, ils me renouvellent. Ou pas. Et ça fait trois ans que ça dure, comme ‘‘directrice adjointe’’ remplaçante. Et avant ça, j’ai fait onze ans de vacation animatrice…

Bien sûr que ça pèse sur mes choix. Comment vous voulez que j’aie un enfant ? Ils vont mettre quelqu’un sur mon poste, et je pourrai redémarrer à zéro.

- Moi, j’étais auxiliarisé, raconte Ludo. J’ai eu un accident de la route, je suis redescendu vacataire. »

 

Le paquet sur le CP

En CP, année clé pour l’apprentissage de la lecture, il faut que les effectifs descendent à 15 élèves par classe.

A 20 élèves par classe pour les autres niveaux de l’école primaire.

A 24 élèves par classe au collège.

A 28 élèves par classe au lycée.

Avec un principe pour toutes les écoles : plus de maîtres que de classes. Ce qui permet la « co-intervention », notamment autour des enfants en difficulté.

« Au contraire, témoigne Guillaume, il existe aujourd’hui une prime [pour les enseignants ?] pour effectif pléthorique. Donc ça ne nous pousse pas à revendiquer ! »

 

Formation initiale

« Je n’avais jamais vu d’élèves avant d’aller au concours d’entrée. Et même la formation, les ESPE, ça ne nous fait pas du tout entrer dans le concret du métier. C’est presque de l’administratif : comment comprendre le bulletin officiel ? Comment appliquer les ressources pédagogiques ? Alors qu’à la limite, il faudrait des cours de théâtre, de psychologie… »

Ma proposition : étendre ce qui se fait pour les étudiants de STAPS (sports). Dès leur première année de fac, ils ont un stage en association. En seconde année, c’est un stage en école primaire. En troisième année, c’est un stage en collège ou lycée.

La même chose pourrait se faire en fac de lettres, de langues, de psycho, etc. où bon nombre d’étudiants se destinent à l’enseignement.

 

Entrée dans le métier

« On m’a prévenue la veille de mes affectations : j’avais quatre quart-temps, dans quatre écoles différentes ! Avec presque tous les niveaux, de la petite section de maternelle au CM2 ! Mais j’avais presque de la chance : une jeune collègue a hérité de classes en Ulis, et en zone prioritaire. De quoi la dégoûter. Il a fallu la maintenir à flot, avec un arrêt maladie… D’ailleurs, le taux de démission des profs a triplé dans le primaire (tout en demeurant à un niveau modeste). »

User ainsi, comme des bouche-trous, des nouveaux enseignants, c’est du n’importe quoi de la part des rectorats. Il faut évidemment aménager une entrée « en douceur » dans le métier, entourée, encadrée.

 

Réformes : faut se calmer !

Parmi les enseignants réunis, il y avait consensus : « On doit affronter des changements permanents… Une réforme n’est pas encore intégrée que déjà arrive une réforme de la réforme… Au collège, on nous a bouleversé le programme des quatre niveaux. Et c’est du bidouillage : les programmes, on les reçoit par courriel, on doit les imprimer nous-mêmes, on les lit chacun dans notre coin… Chaque ministre veut laisser la trace d’une grande réforme… »


Aménagement des rythmes scolaires

Disons-le : ce fut un vaste bricolage. Tout ce bazar pour diminuer de vingt minutes par jour le temps d’école des enfants !

Surtout, le ministre de l’Education d’alors, Vincent Peillon, a lancé cet « aménagement », mais sans garantir aux collectivités les moyens en face. Chaque commune a fait à la bonne franquette, selon son bon vouloir ou ses moyens : des vraies activités pour les uns, une simple « garderie » pour les autres.

Symptôme de cette politique à la petite semaine, qui a davantage l’œil sur le porte-monnaie que sur nos enfants : auparavant, dans la loi, un animateur ne pouvait encadrer plus de 12 petits. Le gouvernement socialiste a fait passer ce ratio à 1 pour 14, et même depuis août à 1 pour 18.

Comment mener un véritable « projet » avec 18 enfants ? (Moi qui peine déjà avec les deux miens…)

Si on veut cet aménagement, il faut mettre les moyens en face.
Pour des recrutements.
Et sans contrat précaire.

 

Lycée : « Ils organisent le décrochage »

« Plein d’élèves voudraient venir chez nous pour faire un CAP. Et derrière, globalement, y a de l’embauche, en routier, en véhicule industriel (c’est plus dur en mécanique). Mais on ne peut pas les accueillir…

- ça veut dire quoi ? Ils vont où ?

- Ils sont envoyés dans la nature, en seconde générale. Ces élèves sont déjà en grande difficulté chez nous, ils seront complètement largués, noyés en lycée classique. Le rectorat nous réplique que nous manquons d’ambition pour les élèves, que nous sommes pessimistes ! Alors que certains gosses ont du mal à lire ou à écrire…

- Mais pourquoi les élèves ne peuvent pas venir chez vous ?

- Le rectorat ferme des classes ! Il nous supprime des postes ! Pour la rentrée 2017, on perd 47 heures, trois collègues.

- Et c’est souvent que vous refusez des élèves comme ça ?

- Tous les ans ! On a un taux d’oppression de 2,3.

- Hein ? ‘‘Un taux d’oppression’’ ?

- Non, un taux de pression. Ça signifie que pour 1 élève qui est admis ici, 2,3 ont demandé.

- ça en laisse donc 1,3 sur le carreau ?

- Voilà.

- Donc vous pourriez doubler le nombre de classes ?

- Ah oui, c’est sûr. On a l’espace pour, le matériel. D’ailleurs, en 2000, on accueillait 600 élèves. On est aujourd’hui à 314…

- Et comment le rectorat explique ça ?

- Sur le fond, ils ne répondent pas. Eux, ils font juste de la comptabilité, du bricolage avec des bouts de postes. Là, par exemple, pour combler les trois départs, on devrait mélanger les « bac pros routiers » avec les « graphistes » ! On doit monter les effectifs par classe. Alors, le grand truc prioritaire de Najat Vallaud-Belkacem, soi-disant, c’est la lutte contre le décrochage mais là, ils créent les conditions du décrochage. »

 


Je ne vais pas faire le gars qui va tout résoudre, ni qui comprend tout à vos métiers. Mais en gros, voilà dans quel sens j’œuvrerai à l’Assemblée nationale et en dehors. Car c’est aussi dans des manifs, dans des meetings, ou dans des médias, que je compte bien mouiller l’écharpe.
Je saurai être, demain, un point d’appui pour vos revendications. Pour résister debout, ensemble, à des dirigeants qui n’ont que l’« austérité » à la bouche, la « suppression des postes de fonctionnaires » comme obsession.