Mystère en l’homme à Flixecourt

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« Mais tu ne trouves pas, quand même, qu’il y a du mystère en l’homme ? »

Non, Mathieu ne trouve pas.

Il se fout juste de ma tronche.

Ca me paraît mystérieux, à moi, que nous soyons une bonne trentaine, ce matin, à Flixecourt, à arpenter les rues porte après porte, à colporter la bonne nouvelle. 

Ca me paraît mystérieux que Brigitte, Hubert, Véronique, Patrick, Isabelle et les autres nous soyons là, sous la neige, les orteils un peu congelés, plutôt qu’au lit ou devant la télé.

Pourquoi ?

Je vous livre mes petites pensées, en vrac, et vous trierez dans mes conneries.

Je songe à une chanson mélancolique de Jacques Brel, « Pourquoi faut-il que les hommes s’ennuient ?», eh bien, peut-être venons-nous chercher cela ici, l’aventure, une aventure étrange, une aventure de proximité, une aventure d’autant plus belle qu’elle a les dehors du prosaïsme. J’ai besoin de ça, moi, je le sais : d’aventure, d’en vivre, d’en créer.

Je songe à un entretien avec Jean Birnbaum, paru dans notre dernier numéro de Fakir. Nous avons tous, ou presque, un confus désir d’ « autre chose », eh bien cet autre chose nous venons bizarrement le chercher, le porter, dans le Val de Nièvre.

Je songe enfin aux premiers chrétiens, aux premiers communistes, aux porteurs d’espoir, car consciemment ou non, je suis, nous sommes, portés par ces mythes, par cette histoire. A notre tour de nous réchauffer le coeur et le corps au feu de bois de notre camion pizza.

Oui, je suis athée, fermement (malheureusement ! quelle tranquillité ce serait que de savoir le ciel habité, la vie poursuivie dans un au-delà…), mais je crois que, si nous faisons tout cela, si nous allons le faire durant quatre mois, c’est que nous sommes habités d’une autre quête que d’un relèvement du Smic, d’une autre aspiration qu’une taxe sur les dividendes : pour ranimer les âmes nous visons plus haut.

Rue après rue, maison après maison, sans surprise, nous avons tâté du doigt l’ampleur de la résignation, la lame de fond « bleu Marine », le triomphe du fatalisme. Mais nous avons essayé, et nous avons réussi parfois, un début, à secouer tout ça, que les hommes redressent la tête et redeviennent nos frères en espérance, avec au loin l’inaccessible étoile (du Brel, toujours).

Bon, j’arrête là.

Plus statistiquement : sur le millier de maisons visitées, dialogues entamés, on peut estimer qu’un tiers fut fructueux. C’est énorme. Nous avons quatre mois pour faire basculer quatre mille voix.

 Un grand merci à tous les pèlerins de ce samedi matin !