Mon compte à rebours : 120 jours

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J’étais lundi soir en réunion tupperware à Quesnoy-Le-Montant.

Christine habite sa gare désaffectée.
Elle avait fait le plein de son salon, une vingtaine de présents facilement, Lyla, Nathalie, Jacques, Xavier, Angélique, ex-éducatrice devenue céramiste, démissionnaire, parce que « l’humain est devenu un prix de journée ». Pour l’essentiel des enseignants, ou des professions intellectuelles, graphiste, musicien, dans l’édition, mais habités par « un sentiment de prolétarisation ».

Ca a donné des échanges animés sur le revenu universel.

Ahmed, « ultra-diplômé au chômage », a adressé un « plaidoyer pour la sixième République, avec ses quatre piliers : la Sécurité sociale, l’instruction, le travail, les impôts. »

C’était pertinent, vraiment.

Mais je leur ai répondu :

« Moi, je vis avec un compte à rebours : 120 jours. 120 jours pour inverser une lame de fond, puissante, un vaste dégoût, qui conduit les gens à la résignation, ou au vote pour pire, sans espérance. Et on ne parviendra pas à les regagner, je ne crois pas, pas en si peu de temps, avec de grands projets, avec de vastes promesses. »

J’ai vu qu’Ahmed approuvait, j’ai poursuivi :

« Excusez-moi, mais je vis dans cette urgence. Je n’ai pas le temps de mener une campagne pédagogique, démontant les idées reçues sur la réduction du temps de travail, sur la croissance, etc. Mon but, pour l’instant, est plus modeste : trouver ce qui, dans notre discours, fait déjà écho chez les gens. Et il y a matière. Je suis convaincu que, dans notre coin, au fond, plein de gens ont encore une fibre rouge. Mais c’est au fond. Y a un tas de brun qui s’est mis au-dessus. Eh bien, cette fibre rouge, à nous de la faire ressortir. »

Le message est passé, je crois bien.