Lycée : "Ils organisent le décrochage"

« Les personnels du Lycée Professionnel (LP) Montaigne à Amiens ont voté la grève à l’unanimité ce matin en AG… »

On a reçu ce communiqué dans notre boîte courriel et du coup, on est montés voir. Devant le lycée, on se les caillait, j’avais le stylo qui se congelait dans ma main. Mais avec Géraldine, Lisa, Antonio, Anne, j’essayais de piger cette aberration : on empêche les jeunes de se former !

« Plein d’élèves voudraient venir chez nous pour faire un CAP. Et derrière, globalement, y a de l’embauche, en routier, en véhicule industriel (c’est plus dur en mécanique). Mais on ne peut pas les accueillir…

- Ca veut dire quoi ? Ils vont où ?

- Ils sont envoyés dans la nature, en seconde générale. Ces élèves sont déjà en grande difficulté chez nous, ils seront complètement largués, noyés en lycée classique. Le rectorat nous réplique que nous manquons d’ambition pour les élèves, que nous sommes pessimistes ! Alors que certains gosses ont du mal à lire ou à écrire…

- Mais pourquoi les élèves ne peuvent pas venir chez vous ?

- Le rectorat ferme des classes ! Il nous supprime des postes ! Pour la rentrée 2017, on perd 47 heures, trois collègues.

- Et c’est souvent que vous refusez des élèves comme ça ?

- Tous les ans ! On a un taux d’oppression de 2,3.

- Hein ? ‘Un taux d’oppression’ ?

- Non, un taux de pression. Ca signifie que pour 1 élève qui est admis ici, 2,3 ont demandé.

- Ca en laisse donc 1,3 sur le carreau ?

- Voilà.

- Donc vous pourriez doubler le nombre de classes ?

- Ah oui, c’est sûr. On a l’espace pour, le matériel. D’ailleurs, en 2000, on accueillait 600 élèves. On est aujourd’hui à 314…

- Et comment le rectorat explique ça ?

- Sur le fond, ils ne répondent pas. Eux, ils font juste de la comptabilité, du bricolage avec des bouts de poste. Là, par exemple, pour combler les trois départs, on devrait mélanger les « bac pros routiers » avec les « graphistes » ! On doit monter les effectifs par classe. Alors, le grand truc prioritaire de Najat Vallaud-Belkacem, soi-disant, c’est la lutte contre le décrochage mais là, ils créent les conditions du décrochage.

- Pourquoi ils font ça ?

- C’est de la compta, on te disait. Ils veulent tuer les lycées professionnels, c’est simple. Tout envoyer vers les centres de formation, l’Iream, Interfor, entre les mains des patrons. Mais pour les apprentissages, encore faut-il que les gamins trouvent un employeur…

- Donc c’est une privatisation ?

- Exactement.

- Et là, vous êtes en grève, donc ?

- Oui, tous les ans, quand ils nous suppriment des postes, on demande une audience au rectorat, et jamais on n’est reçus.

- Ils refusent ?

- Non, ils ne répondent même pas ! Donc, cette fois-ci, on s’est tous mis en grève. Et là, on va être reçus lundi. Je ne sais ce qui va en sortir mais déjà, ils nous reçoivent.

- Bon, bah on se donne des nouvelles lundi… »

 

Entretien collectif avec :

Lisa, documentaliste (du Snes)

Antonio, de Sud-Educ (et prof)

Géraldine, prof de génie mécanique construction

Anne, prof d’anglais.