La santé n'est pas un coût !



« L’austérité » pèse pleinement sur les hôpitaux. Avec des économies sur le personnel, sur le matériel, sur le temps, qui se révèlent à la limite du sordide.

Agathe : Le papier toilette, c’est réglé, au moins pour l’instant. Non, maintenant, le souci, c’est avec les couvertures. Y en a pas assez pour tout le monde…

Moi : Les gens dorment sans couverture ?

Agathe : Oui, on leur met des couvre-lits. Alors que les chambres sont pas super-chauffées, 18° en moyenne, certaines chambres en dessous…

Moi : Des patients se plaignent du froid ?

Agathe : Bien sûr, toutes les nuits. Pour des malades, il faudrait deux couvertures, et c’est déjà bien quand on a une à leur proposer…

Moi : Y en a qui en ramènent de chez eux ?

Agathe : Oui, et on ne refuse pas. Alors qu’on devrait, pour des raisons d’hygiène…

 

Moins d’infirmiers, plus de décès !

C’est la très sérieuse revue médicale The Lancet qui l’a démontré (après l’étude 422 730 dossiers !) : à chaque patient supplémentaire par soignant, le risque de mortalité augmente de 7 %.
Ainsi, en gros, dans un hôpital doté d’un infirmier pour douze malades, on a 35 % de « chance » supplémentaire de mourir.
La conclusion scientifique est tranchée : «  L’hypothèse selon laquelle la dotation en personnel infirmier peut être réduite pour faire des économies et sans nuire aux patients est au mieux stupide et au pire fatale  ».
(The Lancet, 26 février 2014.)

 


 

Nos propositions

1. Revenir à une Sécurité sociale à 100 %, sans mutuelle ni dépassements d’honoraires.

2. En finir, et tout de suite, avec la tarification à l’acte, qui pervertit les soins.

3. Sortir de la précarité, avec la titularisation des contractuels (qui sont aujourd’hui plus d’un millier dans la Somme). 

4. Lancer un plan d’embauches national d’environ 200 000 soignants (AS, infirmiers, etc.) : que les hôpitaux ne soient plus au bord de la crise de nerfs.

5. Lever le numerus clausus, afin d’ouvrir la profession de médecin, de mieux couvrir le territoire, de diminuer les honoraires dans des spécialités (anesthésie, par exemple).

6. Démocratiser l’hôpital (avec les usagers, les salariés), alors que tout le pouvoir réside entre les mains des Agences régionales de santé et des directeurs.

 


  

Les Picards sont en mauvaise santé. Et les coupes dans les budgets ne vont rien arranger...

A force de « plan Juppé », « plan Mattéi », « loi Bachelot », « loi Touraine », etc., la santé est devenue une machine à cash. Les cadres des hôpitaux font leur stage chez MacDo. Les services se doivent d’être « rentables ». Et pour combler les déficits, on fera des économies sur tout :  le matériel, le personnel, les lits... Sur le temps, surtout, qui est de l’argent : les agents courent entre les chambres plus vite que leur ombre. 

Autant à l’hôpital qu’en psychiatrie, autant pour les vieux en EHPAD que pour les enfants handicapés, autant côté soignants que soignés, la même expression revient : « maltraitance ». « Maltraitance institutionnelle. » 

Au vu des scènes décrites, on se dit : « Bon sang ! 

Au XXIème siècle ! Dans la cinquième puissance économique mondiale ! »

Nous avons droit à une véritable politique de santé.

Encore davantage dans une Picardie où tous les indices sanitaires (maladies cardio-vasculaires, mortalité infantile, etc.) sont au rouge.

 

Hôpital d'Abbeville : emprunt toxique

En 2009, l’hôpital d’Abbeville a souscrit, auprès de la banque Dexia, un emprunt toxique à hauteur de 10,7 millions d’€. Ce qui a engendré un surcoût 1,5 million d’€.

C’est après ce million et demi que courent aujourd’hui les salariés : « Depuis le 1er mai 2017, on est passé à 12 h ! 12 heures par jour ! Bonjour le progrès ! »

 

CHU d'Amiens : tout pour les murs !

« Le plus bel hôpital de France,si ce n’est d’Europe… »

Les décideurs en sont fiers, du CHU d’Amiens.

Autant on ne trouve pas d’argent pour les salariés, autant ça abonde pour les murs : « Il fallait que le hall soit en marbre, avec des plantes genres exotiques. Les premiers arbres ont coûté 2500 € pièce, mais comme ils dépérissaient, les suivants reviennent à 3 000 € ! à un moment, comme ils manquaient de financement, c’était soit le hall, soit un étage pour les malades. Ils ont choisi de sacrifier l’étage. Le chef de projet me l’a expliqué : "Il faut une belle vitrine, pour concurrencer les cliniques du privé…" »


 

Mon option : la prévention

Quelle médecine voulons-nous ? Veiller à notre santé, c’est remettre en cause le travail, le chômage, l’environnement... Bref, changer la société !

Au-delà de mesures urgentes, quelle médecine voulons-nous ? Une idée me tient à cœur : notre médecine est aujourd’hui entièrement curative. Plutôt que d’éviter les maladies, on les soigne a posteriori.

Je souhaite redonner la priorité au préventif.

Mais ça suppose de remettre en cause des pans entiers de notre société.

L’environnement, d’abord, avec la pollution de l’air, les perturbateurs endocriniens, les pesticides : les cancers chez l’enfant ont ainsi augmenté de 13 % depuis les années 1980. Pouvons-nous accepter cette trajectoire ?

Le travail, aussi, mal réparti. Certains travaillent trop, trop vite, et en éprouvent du stress, les nuits éveillées sont source de cancer, les gestes répétitifs produisent des troubles musculo-squelettiques.

Mais d’autres ne travaillent pas assez, pas du tout, et ce chômage provoque lui aussi du mal-être, débouche sur des affections.

La publicité également : comment « manger cinq fruits et légumes par jour », alors que la télé incite en continu nos enfants (et nous-mêmes !) à consommer des sodas, des hamburgers, des friandises.

Mais ça peut être, en moins austère, la gratuité des clubs sportifs, l’encouragement à la vie associative : afin que, le mercredi, le week-end, nous « bougions », au foot, en promenade, en escalade, en jardinage, car cette activité est le meilleur gage de bonne santé.

La prévention, c’est faire sortir la médecine de l’hôpital ou des cabinets. L’amener dans les quartiers, dans les campagnes, dans les lycées, dans les entreprises, et pas seulement pour des opérations : pour des discussions. Pour présenter aux gens, aux jeunes, les gestes qui les maintiendront en forme.

Alors qu’aujourd’hui, la médecine du travail (à libérer du patronat), la médecine scolaire, ou les centres médico-sociaux, sont le parent pauvre de la santé, négligée, méprisée, abandonnée.

Enfin, un épidémiologiste anglais, Richard Wilkinson, l’a démontré : dans nos sociétés, les trop fortes inégalités nuisent à la santé. La voie du bien-être, désormais, pour la France, c’est de remettre l’égalité en son cœur.

 


 

Les profits ou nos vies ?

La part des dividendes a triplé depuis les années 1980 : les salariés travaillaient alors une semaine par an pour les actionnaires, c’est aujourd’hui plus de trois semaines. Cette années, les entreprises du CAC 40 ont versé « des dividendes records » : 56 milliards d’euros pour les actionnaires.

La multinationale qui a versé le plus, c’est Sanofi : le laboratoire pharmaceutique, qui a vendu la Dépakine, engendrant des milliers d’enfants autistes. Une firme qui réussit cet exploit : « À Montpellier, Sanofi détruit une usine neuve ! » Un bâtiment qui a coûté 107 millions d’euros, et qui n’a jamais servi ! (l’info est tellement incroyable qu’on vous en donne la source : Midi libre, 28/4/2017).

Peut-on laisser la recherche, notre santé, aux mains de ces vandales, qui ne songent qu’à leurs profits ?